Le pays des Hommes intègres n’exporte plus l’intégralité de son or à l’état brut. Il le transforme désormais sur son propre territoire. Le président de la Transition, le capitaine Ibrahim Traoré, a présidé la cérémonie de mise en service de la Raffinerie Nationale d’Or du Burkina Faso (RAFFINOR-BF) au sein du quartier de Ouaga 2000.
Une capacité de 164 tonnes d’or par an et une pureté de 99,99%
Implantée sur un site moderne de cinq hectares, cette infrastructure revêt une importance hautement stratégique pour la souveraineté économique du pays. Sa réalisation a été entièrement financée à hauteur de 11 milliards de FCFA, soit environ 19 millions de dollars, par l’État burkinabè à travers la Société Nationale des Substances Précieuses (SONASP) en partenariat avec le secteur privé national. Avec un taux de pureté certifié à 99,99%, les lingots fins issus de cette usine d’affinage répondent parfaitement aux plus hauts standards internationaux de la London Bullion Market Association (LBMA).
La fin de la dépendance aux exportations brutes vers la Suisse et Dubaï
Pendant de nombreuses décennies, le Burkina Faso, qui figure parmi les principaux producteurs d’or du continent africain, expédiait près de 95% de sa production brute pour la faire raffiner à l’étranger, principalement en Suisse et aux Émirats arabes unis.
« Nous n’avions pas de contrôle sur l’or, que ce soit la recherche, la production ou le raffinage. Aujourd’hui, nous avons décidé de mettre toute une chaîne de valeur en place. Il ne s’agira plus pour nous d’amener notre or à l’extérieur pour le raffiner. Nous le raffinons sur place, nous savons quelle est la teneur réelle de l’or brut qui sort de nos mines », a martelé le capitaine Ibrahim Traoré lors de son allocution.
Un levier pour la souveraineté monétaire et des défis majeurs
Comme l’explique le docteur Abdoulaye Siri, économiste à l’Université de Ouagadougou, l’or apparaît pratiquement comme une devise internationale au même titre que le dollar ou l’euro. C’est un moyen d’échange stratégique qui va désengorger et fluidifier les opérations financières extérieures du Burkina Faso.
Il reste cependant un défi logistique et structurel de taille à relever, tel que soulevé par les analystes financiers de l’Agence Ecofin. Il faudra alimenter une usine dotée d’une capacité théorique de 164 tonnes par an alors que la production industrielle officielle du pays oscille actuellement autour de 60 à 70 tonnes annuelles. Pour maximiser le potentiel de RAFFINOR-BF, les autorités devront impérativement structurer et capter l’or issu de l’exploitation artisanale tout en intensifiant la lutte contre la contrebande et la fraude minière.
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