Présenté par l’Armée de l’Air et de l’Espace, la DGA et l’Agence de l’IA de défense, HypAirion a été lancé en juillet dernier. L’objectif n’est pas de livrer un nouveau drone demain, mais de préparer l’escadron de chasse de 2035 où un Rafale volera avec des drones collaboratifs. Premier vol test attendu dès 2028.
Le Mirage 2000 comme laboratoire électrique
Pour comprendre, les ingénieurs ne commencent pas par un Rafale dernier cri. Ils prennent deux Mirage 2000 de la base de Mont-de-Marsan et y installent un nouveau calculateur. La première chose qu’ils vont mesurer, ce n’est pas la vitesse, c’est la consommation d’énergie, l’interfaçage électrique et le comportement thermique.
Parce que faire tourner une intelligence artificielle qui détecte, catégorise des véhicules au sol via le pod Talios, qui propose au pilote les meilleurs moments de tir et qui gère l’autonomie d’un drone ailier, cela demande une puissance électrique colossale. Le Rafale F5, attendu comme rénovation à mi-vie, est d’ailleurs décrit avec un radar, une autoprotection et surtout un calculateur renforcés pour l’IA. Traduction pour Watt Infos : l’avion va devoir produire beaucoup plus d’électricité à bord.
L’IA pour économiser du kérosène
Paradoxalement, cette même IA est présentée comme une solution d’économie d’énergie. Deux exemples concrets.
D’abord, la maintenance prédictive. Aujourd’hui, la DGA explique que l’analyse des données de vol permet de repérer des fragilités invisibles dans les comptes rendus. On affecte les appareils les plus robustes aux missions les plus exigeantes. Résultat : moins de pannes, moins de vols inutiles, moins de kérosène brûlé.
Ensuite, l’entraînement. Dans la future vie d’un escadron décrite par le projet, les drones collaboratifs ne voleraient qu’une ou deux fois par an. Le reste du temps, leur vérification et leur entraînement se feraient en univers virtuel. Pour une armée qui consomme des millions de litres de kérosène par an pour l’entraînement, le gain énergétique est évident.
C’est la même logique qui pourrait inspirer l’aviation civile et même les compagnies africaines : optimiser les trajectoires par IA pour consommer moins, simuler au sol pour voler moins.
La leçon pour l’Afrique
Interrogé par notre confrère du média de l’aviation civile en Afrique francophone sur une éventuelle ouverture africaine du projet, l’intervenant a recadré : l’architecture sera française, voire européenne, et détenue par l’État. Aucun partenariat africain n’est annoncé.
Pourtant, la problématique est la même à Yaoundé qu’à Mont-de-Marsan : comment gérer une architecture ouverte où l’on peut changer un logiciel sans couper tout le système ? C’est exactement le défi que vivent Eneo, devenue Socadel, ou Camwater avec ses compteurs intelligents : moderniser sans tout arrêter.
HypAirion montre que l’avenir de l’aviation ne se joue plus seulement sur la poussée des réacteurs, mais sur les watts disponibles à bord pour faire tourner l’intelligence artificielle.
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