« Savez-vous que le soutien des prix du carburant à la pompe a coûté 57 milliards de FCFA le mois dernier ? Je parle d’un seul mois, pas de l’année« , déclare le ministre.
Contacté par notre confrère Investir au Cameroun, Louis Paul Motaze nuance : la moyenne mensuelle tournerait plutôt autour de 48 milliards FCFA. Sans préciser la période de référence, ni le cumul depuis janvier, ni ce qui a été réellement décaissé par le Trésor. Le chiffre brut ne dit donc pas tout de l’exécution budgétaire.
Une provision annuelle déjà sous tension
C’est le Document de programmation économique et budgétaire 2027-2029 qui donne l’échelle. Le gouvernement y a inscrit 310 milliards FCFA pour 2026 au titre des subventions à l’énergie – carburants et électricité confondus – et prévoit 340 milliards en 2027.
A lui seul, septembre pèse 18,4% de l’enveloppe 2026. Les deux périmètres ne sont pas identiques, mais l’ordre de grandeur illustre la dérive : la facture carburant dévore déjà la subvention énergie.
Cette dérive était anticipée. En juillet, le gouvernement chiffrait à 0,7% du PIB les dépenses supplémentaires à absorber en 2026, constituées principalement du soutien aux prix des carburants, auxquelles s’ajoute une baisse de 0,8 point de PIB des recettes non pétrolières. Besoin additionnel : 1,5% du PIB.
Le FMI l’a confirmé le 1er octobre, à l’issue de sa mission post-financement : après un déficit passé de 1,5% du PIB en 2024 à 2,1% en 2025, les finances publiques devraient se dégrader encore en 2026 sous l’effet des subventions carburants.
Côté CSPH, le soutien unitaire s’envole
Les structures de prix publiées par la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH) documentent la mécanique.
Pour le gasoil, la ligne « soutien/remboursement État » est passée de 109,22 FCFA/litre en juillet à 315,47 FCFA en septembre, puis à 430,30 FCFA en octobre. Soit +321,08 FCFA en trois mois, pendant que le prix à la pompe à Douala reste gelé à 828 FCFA pour le gasoil et 840 FCFA pour le super.
Ces prix réglementés n’ont pas bougé. C’est l’État qui absorbe l’écart. Mais sans les volumes compensés, la répartition par produit et les modalités de règlement aux marketeurs, impossible de reconstituer à partir des prix CSPH les 57 milliards annoncés.
Vers un nouvel ajustement à la pompe ?
Le ministre n’exclut rien. « Je ne peux pas jurer que nous ne le ferons jamais. Si la situation atteint un niveau insoutenable, nous pourrions peut-être envisager cette hypothèse« , répond-il à la question d’une hausse.
Sans dire quel serait le seuil insoutenable. Pour Watt Infos, l’équation est claire : entre une provision énergie déjà consommée à un rythme de 48 à 57 milliards par mois pour le seul carburant, une subvention qui double sur le gasoil en un trimestre, et un déficit public qui se creuse, la stratégie de gel des prix à la pompe arrive à un point d’arbitrage.
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