Le Nigeria vit un paradoxe énergétique total. Premier producteur de pétrole d’Afrique, doté de la plus grande raffinerie du continent à Dangote, le pays subit une crise du carburant sans précédent.
Premier mouvement stratégique, côté majors. Le 27 octobre 2026, TotalEnergies a finalisé la cession de sa participation non-opérée de 10% dans la coentreprise Renaissance, ex-SPDC longtemps opérée par Shell, au consortium nigérian Vaaris pour 800 millions de dollars. L’opération, menée par sa filiale TEPNG, porte sur 15 licences essentiellement pétrolières qui produisaient 16 000 barils équivalent pétrole par jour pour sa part en 2025.
Le groupe français précise qu’il conserve l’intégralité de ses intérêts économiques sur trois licences gazières clés, OML 23, 28 et 77, qui assurent à elles seules 50% de l’approvisionnement en gaz de Nigeria LNG, l’usine de liquéfaction de Bonny. Le 23 septembre, il avait lancé le champ gazier d’Ima destiné à cette même usine. La stratégie est claire : sortir du pétrole onshore pour se concentrer sur le gaz. Le prix final de 800 millions est inférieur aux 860 millions d’un premier accord avec Chappal Energies, annulé en 2025 par le régulateur faute de financement.
Second mouvement, côté gaz, l’État accélère. Le 29 octobre, le gouvernement fédéral a signé un accord de 100 millions de dollars pour construire 400 km de gazoduc dans le Sud-Est, desservant cinq États, Enugu, Anambra, Imo, Abia et Ebonyi. Début des travaux prévu au premier trimestre 2027. Ce projet s’ajoute à l’AKK à 95% achevé et à l’OB3 terminé, dans un pays dont les réserves prouvées sont passées à 215,19 Tcf en janvier 2026.
Troisième mouvement, côté carburant, l’explosion. Sous l’effet de la guerre États-Unis-Israël-Iran et des tensions sur le détroit d’Ormuz, le Brent a atteint 115,18 dollars le 24 octobre. Résultat à la pompe nigériane : l’essence est passée à 1 400 – 1 429 Nairas le litre contre 830 Nairas avant la guerre, soit plus de 70% de hausse. La raffinerie Dangote affiche 1 350 Nairas au dépôt.
Le ministre des Finances, Taiwo Oyedele, refuse le retour aux subventions mais propose une baisse temporaire de 30 jours via NNPC et un plafonnement du coût d’approvisionnement à 1 350 Nairas. Le Nigeria Labour Congress a fixé un ultimatum au 27 octobre pour une baisse ou grève nationale. Le président Tinubu, candidat à sa réélection le 16 janvier, joue gros.
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